Les mots pour dire la violence : témoignages

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Les mots pour dire la violence : témoignages...

Elles sont peu nombreuses à prendre la parole. Mais leurs mots sont forts. Témoignages de Rosen, Laurence, Nicole et Yolande qui ont connu le monde de la prostitution.

 

« Des viols à répétition » - Rosen Hicher en 2011

 

Rosen Hicher

« J’apprends à me reconstruire, parce 22 ans ne s’oublient pas comme ça. J’apprends à me reconstruire, dans le sens où chaque matin quand je me levais, je me levais avec les restes de la veille. Les attouchements répétés, les agressions, les viols à répétition. Même si on n’a pas l’impression que c’en est un, c’est un viol. Parce qu’on n’a pas envie d’être pénétrée par aucun de ces hommes, qui viennent au salon et se permettent de demander une fellation, une masturbation, une pénétration. Ils vont en plus très loin, car ils vont dans les pénétrations anales, ils vont dans toute forme de pénétration avec la possibilité de tout faire s’ils payent. Je donne de l’argent, je te donne 100, 50, 20, même 10 – ça m’est arrivé – je te pénètre, je m’amuse avec ton corps, et je me déculpabilise en me disant que peut-être éventuellement je te fais du bien. »

 

« Acheter une prestation sexuelle... A chaque client que l'on reçoit, il y a quelque chose en nous qui s'en va. C'est vrai qu'il achète quelque chose, mais quelque chose qui nous détruit. Quand on est dedans, on ne s'en rend pas compte. C'est après que l'on se rend compte. »

 

Le client : « Au premier contact, ce sont des hommes adorables. Des fois, on met du temps avant de comprendre qu’ils sont violents (…) Y a deux ans j’ai été violée. Le client est arrivé, tout bêtement, il avait l’air d’un ange et c’était un monstre. J’ai eu un revolver sur la tête. Ce client je le connaissais bien, il était un ange, il est devenu un monstre.
Tous ces hommes qu’on rencontre… on ne sait pas… Ils vont venir pendant un an, deux mois, six mois, puis un jour leur vrai font intérieur va ressortir, va resurgir.
»

 

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Rosen Hicher témoigne (2011)

Rosen Hicher s’engage pour la pénalisation du client

 


« On porte ça toute sa vie » - Laurence Noëlle en 2013

 

Laurence Noëlle« Même une fois sortie de la prostitution, on continue à payer. La société a honte de la prostitution : certains la méprisent, d’autres mettent une jolie couche de vernis en disant que c’est super. Tout le monde se voile la face (…). Je suis encore étonnée quand j’entend des femmes dire qu’elles sont bien (…). Mais elles ne disent pas ce qu’elles vivent, qu’elles ne choisissent pas les hommes avec qui elles couchent, donc qu’elles le subissent. Des mecs qui peuvent sentir mauvais des aisselles ou du sexe ou de la bouche, qui sont violents, des gros, des visqueux qui demandent des trucs horribles. C’est ça qu’il faut dire : la réalité ! »

 

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Laurence Noëlle, survivante de la prostitution, au Parlement européen, 2013

"La prostitution est un choix désespéré"

 

 

« J’ai été sacrifiée » - Nicole Castioni, 2000

 

Nicoel Castioni« J’ose imaginer que si les prostituées n’existaient pas, les hommes continueraient de vivre et de vivre comme ils vivent normalement. C’est-à-dire que c’est quand même incroyable de devoir sacrifier des personnes simplement pour le plaisir des hommes. Et je conclurai en disant simplement que j’ai été sacrifiée pendant cinq ans de ma vie, j’avais entre 21 et 26 ans très exactement, je me suis retrouvée à la rue Saint-Denis (…). Parce que ces cinq ans là, je ne les ai pas donnés de la même manière que les autres personnes, c’est-à-dire que pendant cinq ans, je me suis retrouvée sous la contrainte dans l’esclavage moderne… »

 

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"Peuple de l'Abîme, la prostitution aujourd'hui", colloque organisé par la Fondation Scelles, le 16 Mai 2000

 

 

« C’est un métier tellement formidable qu’il vous détruit tout l’intérieur… » - Yolande Grenson, 2000

 

Yolande Grenson

« J’ai été pendant 16 ans prostituée. J’ai commencé à me prostituer quand j’étais enceinte de ma fille. Mon fils avait la tuberculose et je devais absolument le faire soigner (…). Ce n’est pas un métier comme un autre parce que, dès le premier client, on se sent amoindrie, on se rend très bien compte que ce n’est pas un métier que l’on voudrait pour sa fille : c’est un moyen de survie (…)


Quand j’ai décidé d’arrêter, j’avais (…) fait la connaissance d’une fille qui avait eu une hémorragie cérébrale (…). Après ça, elle a dû réapprendre à marcher et parler, et quand elle est sortie de l’hôpital, elle n’osait pas aller dans la rue seule (…) J’étais moi-même à ce moment-là en incapacité de travail parce qu’on m’avait enlevé les trompes et les ovaires. C’est un métier tellement formidable qu’il vous démolit tout de l’intérieur »

 


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"Sortir de la prostitution - Deux femmes témoignent"