Mineur(e)s roms : le regard d'Olivier Peyroux

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Mineur(e)s roms : le regard d'Olivier Peyroux

 

"Déliquants et Victimes, la traite des enfants d'Europe de l'Est en France" - Olivier PeyrouxOn les voit comme des pickpockets et des voleurs à la tire qui font peur aux passants… Le sociologue Olivier Peyroux montre que ces adolescents venus d’Europe de l’Est sont avant tout des mineurs en danger que la société doit protéger.

 

Qui sont-ils ? Comment vivent-ils ? Comment viennent-ils en France et comment en arrivent-ils là ? Comment la société dans son ensemble les considère-t-elle et en arrive-t-elle à ce point d’incompréhension ? Tel pourrait être le sens de l’ouvrage d’Olivier Peyroux Délinquants et victimes, La traite des enfants d’Europe de l’Est en France.

Olivier Peyroux connaît bien la question. Sociologue, spécialisé sur les populations roms et la traite des êtres humains, il travaille depuis plus de dix ans auprès de mineurs victimes de la traite, d’abord en Roumanie, puis en France, pour l’association Hors la Rue. Sa remarquable étude (qui a d’ailleurs reçu le prix 2013 de la Fondation de recherche Caritas) met la lumière sur les situations encombrantes, gênantes, mal vécues de la population française ordinaire, qui rejette en bloc et sans trop vouloir s’informer ou tolérer «ces autres, venus d’ailleurs», qui les volent, les dérangent et dont nul, au fond, ne sait rien, ne veut ni ne cherche à comprendre quoique ce soit. Quelques étiquettes ethniques, quelques pancartes sociales, autant de clichés d’ignorance et de distanciation fondés sur la peur de l’autre- fusse un enfant- le mépris et la haine raciale.

Mais ces « ils », ces « autres » condamnés au vol, à la mendicité, à la prostitution et à toutes les misères humaines qui dérangent tant, ce sont des enfants, avec une famille biologique ; des enfants isolés, déracinés, bousculés et maltraités par des adultes souvent organisés, parfois désespérés, toujours à l’affut de solutions de gains faciles; des enfants dont personne ne veut et dont tout le monde se sert : les réseaux de traite humaine pour mieux les exploiter  et s’enrichir ; les réseaux familiaux pour survivre ; les réseaux sociétaux pour les stigmatiser, les rejeter et mieux les condamner ; les réseaux politiques pour effrayer les populations ignorantes, argumenter et alimenter un populisme de bon aloi électoral.

Dans cette étude approfondie, parfaitement documentée et très enrichie d’observations du terrain, le sociologue Olivier Peyroux, commence par s’interroger sur les mécanismes à l’origine de ces réflexes d’insécurité ou de dégoût de la population pour ce que représentent ces délinquants insaisissables, agissant en groupe apparemment structurés, et globalement labellisés comme « Roms ».

 

 

A partir de deux cas précis, les jeunes prostitués de la gare du Nord et l’affaire des Hamidovic, de jeunes voleuses agissant dans le métro et se faisant toutes appeler du nom du chef du très puissant réseau de traite humaine d’enfants et de jeunes filles, O. Peyroux a remonté les filières mafieuses mais aussi familiales qui ont conduit à l’exploitation systématique de ces enfants perdus dans les rues des capitales européennes, sans espoir d’ailleurs d’en sortir. Un travail minutieux aussi bien sur la criminalité organisée que sur la misère et la débrouille de survie familiale qui conduit les parents à utiliser leurs enfants comme moyens de rapport et d’existence. Un travail qui encercle la misère des victimes qui ne peuvent échapper à leurs exploiteurs- fut-ce leurs parents. O. Peyroux dénoue un à un les fils emmêlés d’une situation à multiples ramifications, qui touche tant de domaines de la misère humaine.

Mais le deuxième volet – enjeu de cette étude, est tout aussi important : Protéger ces enfants et envisager de véritables politiques sociales dans leur direction pour les sortir de leur condition actuelle sans issue. Instituer une coordination méthodologique et active concrète entre institutions, associations, organismes sociaux. C’est en ce sens que cet ouvrage prend toute sa valeur. Car en insistant sur le statut de victime de traite et d’exploitation, il souligne aussi les limites des actions en leur direction. Le fait de montrer des prises en charge ayant connu un certain succès, même petit, est une ouverture et une lueur d’espoir pour l’avenir.

Mais une question surgit alors d’elle-même et reste sans réponse : Existe-t-il une réelle volonté politique pour comprendre la problématique de la situation de ces enfants d’une part et d’autre part et surtout pour les en sortir et leur construire un avenir acceptable ? Seuls des actes pourraient apporter un début ou des ébauches de réponses.

Ap.K

Olivier Peyroux, Délinquants et victimes, La traite des enfants d’Europe de l’Est en France, préface de Robert Badinter (204p. éd. NON LIEU 2013)

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