Un lauréat raconte les Prix Fondation Scelles

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Un lauréat raconte les Prix Fondation Scelles

Prix du jury 2016 du meilleur visuel - Guillaume Colrat - ENS Louis LumiereGuillaume Colrat, étudiant de l’ENS Louis Lumière, Prix du jury du Meilleur visuel 2016, témoigne : les étapes de sa création, sa découverte d’un sujet difficile et clivant, son engagement…


« Lorsque j’ai découvert le sujet, j’étais partagé entre mon enthousiasme pour le projet et mes doutes quant à la clarté du message à faire passer. Nous avions le choix entre cinq cas pratiques, parmi lesquels nous devions choisir celui que nous souhaiterions traiter visuellement. Mon inquiétude était de ne traiter que cette histoire et de faire passer un message trop ciblé et, de ce fait, moins efficace. J’ai donc fait le choix d’un message à plusieurs niveaux de lecture afin de laisser ouvert le champ d’action du message de communication.


Par ailleurs, une autre difficulté était d’éviter les lieux communs sur la prostitution. En effet, en communication, il faut des images très fortes et on peut tomber rapidement dans les clichés en essayant de manipuler les symboles. Il fallait aller plus loin que les « chaussures à talon » et les « billets sur la table de nuit ».


Dans le contexte de la crise migratoire à laquelle l’Europe est actuellement confrontée, j’ai naturellement porté mon intérêt vers le cas traitant de la vulnérabilité géographique et j’ai voulu essayer d’en retirer les principaux enjeux. L’idée était de croiser dans un visuel les codes du voyage, ceux de l’émigration de la jeune Népalaise, et ceux de sa prostitution en Europe. Très vite, j’en suis venu au symbole du passeport, l’idée étant de détourner tout ce que le passeport noirci de visas peut représenter de positif pour les Occidentaux.

 

 

 


Le plus difficile a été le choix d’un mot aussi fort que « pute », à inscrire non seulement en rouge mais en plus au tampon au centre du visuel. J’ai cependant fait confiance à la clairvoyance du spectateur pour comprendre que ce tampon n’était pas ma voix, ni celle de la fondation Scelles, mais l’illustration de la voix pernicieuse du proxénète.
Le visuel, lorsque je l’ai montré avant l’envoi de ma candidature, a souvent choqué, parfois fait rire (jaune), systématiquement fait réfléchir. J’ai alors compris que ce visuel fonctionnait car il avait quelque chose de très cru et cela m’a semblé pertinent pour traiter d’un sujet aussi dur que la prostitution. C’est ainsi que j’ai pris la décision de sélectionner cette piste, considérant que les réactions, positives ou négatives ne pouvaient qu’enrichir le débat autour d’un sujet aussi complexe. »