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Entre 3 000 et 8 000 mineur(e)s prostitué(e)s en France. Quoique le chiffre soit imprécis, associations et travailleurs sociaux évoquent une constante recrudescence de la prostitution des mineurs ou de jeunes majeurs. Comment comprendre cet état des lieux et comment prévenir le danger prostitutionnel auprès des jeunes ?

 

« A 17 ans, il prostituait des mineures », titrait le Parisien le 19 février dernier. Un fait divers qui vient rappeler que, même si les pouvoirs publics restent discrets sur le sujet, il existe de la prostitution de mineurs ou de jeunes majeurs en France aujourd'hui. On ignore leur nombre : entre 3 000 et 8 000 selon l'Unicef. Les situations sont diverses : ce sont des jeunes Roms (filles et garçons) prostitués en plein Paris ou la tapageuse Zahia qui a fait la une de la presse, mais ce sont aussi des étudiant(e)s dans la précarité qui vendent leur corps sur internet, ou des jeunes en situation de fugue qui tombent entre les mains de proxénète...

A côté de ces formes de prostitution manifeste, se développent d'autres pratiques inquiétantes. Un nombre croissant de jeunes, pas toujours issus de milieux défavorisés, sont prêts à accepter des relations sexuelles contre des biens non monétaires (cadeaux, logement, drogue ou encore protection de leur bande). Et celles qui ne vont pas jusqu'au troc sexuel, n'hésitent pas à se dénuder ou à s'afficher dans des poses suggestives pour leur blog ou des photos, volées ou consenties, qui, circulent entre adolescents par téléphone portable ou sur internet.

La plupart ne reconnaissent pas dans ces relations des pratiques prostitutionnelles mais plutôt une forme de « débrouille » rapide et sans conséquences pour se procurer des biens. Educateurs et psychologues parlent pourtant de « comportements pré-prostitutionnels ». Ces pratiques peuvent en effet constituer le premier pas d'une spirale irrépressible. L'adolescente qui en vient à accepter de faire une fellation à un « ami », peut être conduite à accepter contre son gré des pratiques sexuelles de plus en plus violentes et dévalorisantes, dans l'espoir de tenir sa « place » dans un groupe ou garder l'amour d'un petit copain.... Et une fois l'engrenage enclenché, il est très difficile d'en sortir (rappelons qu'un grand nombre des personnes prostituées adultes sont entrées dans la prostitution alors qu'elles étaient mineures).

 

Des repères brouillés

Certes, ce n'est pas n'importe quel jeune garçon ou fille qui en vient à vendre son corps. Ces comportements pré-prostitutionnels touchent « les adolescentes les plus fragiles, livrées à elles-mêmes, dont les familles sont souvent défaillantes.... », explique le Dr Vernant de l'Hôtel-Dieu. On trouve généralement dans les parcours des ces jeunes en risque une fragilité, un traumatisme, un abus.... Ce sont « des êtres en situation de vulnérabilité qui, pour une majorité d'entre eux, ont été victimes de violences sexuelles dans leur enfance, précise Didier Landau, chargé de mission au Mouvement du Nid. Isolés socialement, en errance, ils souffrent d'une grande précarité économique parce que sans alternative professionnelle. Certains ont déjà un comportement préprostitutionnel. Ils pensent que l'argent de la prostitution peut leur permettre d'échapper à la galère de tous les jours ».

Pour autant, aujourd'hui, l'entrée dans la prostitution n'est plus forcément liée à un antécédent traumatique. La banalisation du corps de l'autre, les injonctions médiatiques et commerciales promouvant à l'infini des pratiques sexuelles marchandes sont autant de facteurs de risque de glissement dans la prostitution. « La distance s'est réduite entre les jeunes et la prostitution » explique le sociologue Hamou Hasnaoui. Les médias, les images, les discours ont rendu la prostitution plus « normale ».

Garçons et filles font leur éducation sexuelle en regardant des sites X. A 14 ans,  61% des garçons et près de 40% des filles ont déjà vu un film porno à la télévision ou sur internet (étude du CSA/Inserm de 2005). Leur premier contact avec la sexualité et leur modèle à imiter, ce sont des images de domination et d'humiliation de la femme, de viol, de torture... Comme l'explique le psychothérapeute Guy Hénaut, « pour l'adolescent, c'est la société des adultes qui, en représentant légalement et ouvertement une telle violence en la commercialisant comme divertissement, la déclare respectable et légitime ».

La pornographie devient pour les jeunes la référence, d'autant plus que toutes les images qu'on leur assène (publicité, clips musicaux...) sont imprégnées des ses codes : une image de la femme reléguée au rang d'objet sexuel, une exacerbation des rapports de domination.... Au-delà même de la violence véhiculée par ces images, tout tend à leur présenter le corps comme une marchandise qui se vend et la sexualité comme le moyen d'obtenir autre chose. Dans une enquête menée au Danemark en 2008, 10% des filles interrogées et 37% des garçons estimaient normal de recevoir de l'argent ou des cadeaux en l'échange d'une fellation...

 

Quelle prévention ?

On peut définir deux axes de prévention. D'abord, la prévention auprès des personnes en risque de prostitution, dite prévention secondaire. Et, sur cet aspect, nous renvoyons le lecteur à l'interview de Sophie Laurent, consultante spécialisée en prévention du risque prostitutionnel, et formatrice auprès de travailleurs sociaux, que nous avons rencontrée et qui complète ce dossier.

Néanmoins, la prévention ne concerne pas uniquement les personnes à risque mais engage la société toute entière. C'est sur le champ de l'éducation à la sexualité que doit s'effectuer la prévention. En 2001, dans son rapport Les Politiques publiques et la prostitution, la sénatrice Dinah Dericke recommandait : « Il est indispensable d'intervenir dès l'école pour promouvoir une éducation égalitaire, non sexiste (la prostitution n'est qu'un miroir grossissant de la domination des hommes sur les femmes), une éducation centrée sur les droits fondamentaux de la personne humaine, qui apprenne à l'enfant dès le plus jeune âge le respect de son propre corps et de celui des autres, afin que, devenu adulte, il juge toute relation sexuelle vénale inacceptable ».

C'est la prévention dite primaire qui concerne tous les jeunes ne présentant pas de risque identifié de prostitution. Il s'agit non seulement de sensibiliser les jeunes à la question de la prostitution, mais de développer l'éducation à la sexualité, pour prévenir toutes sortes de violence et améliorer les relations entre garçons et filles. Le premier objectif, explique Didier Landau, est d'amener les jeunes à réfléchir sur les stéréotypes et les idées reçues, de déclencher la parole et de les aider à penser autrement.

« Les élèves découvrent qu'ils ont le droit de ne pas vouloir avoir une relation sexuelle, qu'ils n'ont pas à céder à la pression de l'autre, qu'ils ont le droit de dire non ».


CG

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